« Ce qui me plait, c'est quand je sens une certaine douceur, une certaine sensualité dans les gestes. »
Caroline du Chesne, 22 ans, peintre et bricoleuse, en première année de master de politique comparée.


peinture sur bois, détail      huile sur papier, détail

                                                          
 

Que peins-tu, et comment peins-tu ?
En ce moment, je peins une série de tableaux qui représentent des danseurs. Les tableaux que j'exposerais à l'Abracadabar, un ou deux je ne sais pas encore, en feront partie.
J'utilise de l'huile sur papier. Je n'aime pas trop la toile, parce que si la peinture est trop liquide, ça dégouline. Le papier, lui, absorbe. J'aime bien ce contact. Du coup, j'ai acheté 25 mètre de papier pour plafond, du papier très épais, dans un magasin de bricolage.

Pourquoi avoir choisi la danse comme thème ?
J'aime bien les corps dénudés - sans que ce soit forcément érotique -, les poses alanguies, les mouvements sensuels...
Il y a aussi l'univers de la scène, le décor, les éclairages. Il se produit des choses intéressantes avec les lumières sur une scène de spectacle. Par exemple, au Crazy Horse, il y a à la fois les corps qui dansent et les dessins que les lumières projettent sur les corps. J'aime bien ce jeu d'images.
Et puis on peut faire des décors derrière. Pour le premier tableau, j'ai juste peint un corps, sur un fond bleu. Pour le deuxième, je me suis un petit peu amusée à faire un décor. Ca me plait bien, donc je pense que je vais continuer avec les décors...

Comment t'es venu  cette idée de peindre des danseurs ?
Je suis tombée un jour amoureuse d'une photo d'un spectacle de danse. J'ai longtemps gardé la photo dans mon amoire, sans rien en faire. Un jour j'ai trouvé une vieille toile dans ma maison de campagne, alors j'ai eu envie de la peindre en m'inspirant de la photo. J'ai adoré, et du coup j'ai cherché d'autres photos avec des poses un peu similaires, alanguies... Ce qui me plait, c'est quand je sens une certaine douceur, une certaine sensualité dans les gestes.
Je pars de photos car je suis pas très forte en anatomie ! L'un de mes tableaux, qui montrent des femmes en jupons de couleurs très chaudes, était en fait un flyer de l'Opéra de Paris.

Quelle importance ont les couleurs pour toi ?
Beaucoup de gens m'ont fait remarquer que les couleurs de la première toile étaient très froides, dans les tons bleus, violets. Je ne l'avais pas du tout ressenti comme ça, mais du coup les tons de la deuxième sont effectivement plus chauds. Ce sont deux femmes qui portent d'énormes jupons rouges et jaunes.
Je m'amusait aussi avec les couleurs en peignant sur du bois, il y a quelques années. J'aime bien le bois pour les mêmes raisons que le papier, car il absorbe la peinture. Du coup, en séchant, les couleurs changent. Ca fait des effets sympas, notamment avec le bleu foncé, qui devient lumineux. Ca donne l'impression d'une surface assez ancienne.
Ce qui me plait aussi, dans le fait de peindre sur du bois, c'est qu'on peut utiliser les lignes, les noeuds. Soit on les suit, soit on s'en affranchit s'ils deviennent gênants.

Que fais-tu quand tu ne peins pas ?
Souvent des petits dessins, juste comme ça. Je bricole aussi pas mal. Par exemple, pour les Artifistes, j'ai fabriqué le livre d'or de la soirée du 12 juin, avec un morceau de compartiment de boîte de chocolat... J'ai aussi fabriqué les tampons pour l'entrée, avec le logo de l'association.
J'aime beaucoup faire de la récup', et pouvoir bricoler des trucs qui ne reviennent pas cher. Ca m'amuse parce que ça suscite des idées, ça pousse à résoudre des problèmes...
J'embarque souvent des objets que je vois dans la rue, quand ils m'inspirent quelque chose. La plupart du temps, je n'en fait rien parce que je n'ai jamais le temps... Mais j'aime bien l'idée d'avoir un objet de départ, même si ce n'est qu'une planche de bois par exemple.

Une autre idée de série, après la danse ?

Je continuerais avec de l'huile sur papier, mais je ferais peut-être des formats plus petits. En ce moment, l'idée qui me trotte dans la tête, c'est de faire quelque chose à partir des couleurs des journaux. J'aime beaucoup ces couleurs, surtout dans les magazines, où elles sont transformées. A nous Paris, par exemple, a de très belles couleurs, et l'avantage d'être gratuit. Il y a de beaux turquoises ou de beaux roses.
J'ai aussi envie de faire une peinture à partir d'une sculpture du pont Alexandre III. C'est une petite fille qui tient un coquillage dans la main. Elle a une jolie pause, et quelque chose de très doux dans le visage qui m'attire.
J'ai envie de la peindre sur un petit rocher, avec la mer en fond, pour la mettre dans ma maison de bord de mer. Quand je fais une toile, en général je la pense comme un tout : le format, là où je la mettrais, si ça sera sur châssis ou dans un cadre, si je peins la tranche ou pas, les clous que je vais utiliser...

Quel ingrédient aimerais-tu apporter à la grande marmitte des Artifistes ?

Du caramel visqueux, gluant, qui fait que tout le monde s'empêtre dedans !

interview réalisée par Armelle Loiseau


 

ensemble de haute couture en matériaux de récupération pour Les Artifistes à l'occasion de Bidon d'art